Le film s’ouvre sur des images saisissantes, celles de l’une des dernières évasions d’Allemands de l’Est franchissant le Mur de Berlin... par les airs, en U.L.M. Nous sommes en 1989, quelques mois avant l’impensable - la chute du Mur lui-même. L’un de nos meilleurs documentaristes, Patrick Rotman, prouve ainsi une fois de plus sa capacité à dénicher des images rares, et à les utiliser avec pertinence au service d’un exposé fouillé et mesuré.
Ce film documentaire relate l’histoire d’un symbole de la Guerre Froide, la coupure de Berlin en deux blocs, occidental et oriental, de 1945 à 1990. Deux Allemagne, par la force des choses, naissent et se développent en parallèle, selon la nationalité de leurs forces d’occupation : à l’Ouest, une république fédérale qui peine à se remettre du nazisme, mais qui garantira l’exercice des libertés individuelles et amorcera un miracle économique ; à l’Est, un Etat totalitaire, totalement rallié à Moscou, et qui s’efforce de mettre en pratique le socialisme, sans succès. En juillet 1953, l’écrasement d’insurrections ouvrières est-allemandes par l’Armée rouge prouve aux dirigeants est-allemands qu’ils ne devront leur survie qu’au bon vouloir de l’U.R.S.S., un précédent lourd de conséquences, et qui hantera les esprits en 1989.
Le documentaire témoigne de l’importance qu’acquiert Berlin dans la confrontation Est-Ouest, revenant notamment sur ces insurrections de 1953, mais aussi le pont aérien de 1948-1949 qui permit de ravitailler la zone occidentale coupée du monde par les communistes. Jusqu’en 1961, l’ex-capitale du Reich est une brèche dans le Rideau de Fer, permettant aux Allemands de l’Est de « choisir la liberté » bien plus facilement, en se rendant simplement dans la zone occidentale de la ville, en libre accès, ce qui leur permet ensuite d’être exfiltrés vers l’Allemagne fédérale. De fait, selon le mot de Willy Brandt, maire socialiste de la ville et futur Chancelier d’Allemagne de l’Ouest, « les habitants votaient avec leurs pieds », ce qui a conduit la R.D.A. à être victime d’un véritable exode - d’une hémorragie, même - de sa population.
D’où cette décision, approuvée par l’U.R.S.S., d’ériger un mur infranchissable en 1961, sans que l’Occident ne manifeste de réaction ferme à ce titre (pour éviter, il est vrai, d’enflammer la planète). Ce qui n’empêchera pas, malgré la consolidation du Mur - les images de ce que sera cette forteresse à son apogée demeurent saisissantes ! - de se mettre en place un véritable business de l’évasion, à partir de l’Ouest. Deux décennies plus tard, précise avec justesse le documentaire, l’arrivée au pouvoir de Gorbatchev en Russie soviétique bouleversera de nouveau la donne, puisque ouvrant le cycle de l’autodestruction du Bloc de l’Est, jusqu’à ce 9 novembre 1989 où tout se précipite, et alors que le pouvoir politique est-allemand sombre dans la confusion et l’indécision...
Cet excellent documentaire fait ainsi le point sur cinquante ans d’Histoire allemande - et internationale ! - avec l’aide d’images pour la plupart jamais vues, ou trop rarement, et souvent en couleurs. De nombreux témoins, haut-placés ou sans-grades, politiciens, anciens membres de la Sécurité d’Etat est-allemande, anciens opposants, ont également été convoqués. Les bonus sont malheureusement réduits : une interview, certes intéressante, de Patrick Rotman, une présentation des différents témoins, deux cartes animées relatives, l’une à la situation politique et administrative de Berlin, l’autre à la fuite des Allemands de l’Est vers l’Allemagne fédérale via la Hongrie à l’été 1989. L’utilisation du disque, néanmoins, demeure facile, et comporte en outre un sous-titrage adapté aux sourds et aux malentendants. Bref, il s’agit là d’une synthèse filmée essentielle à notre compréhension de cette période, la Guerre Froide, qui désespérait de mourir.
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