Cet ouvrage déroutera à n’en pas douter les historiens de métier comme les amateurs éclairés intéressés par la question de la collaboration militaire française dans la seconde guerre mondiale. C’est que Philippe Carrard, s’il traite dans cette étude d’un sujet historique, le fait avec sa plume de professeur de littérature comparée. Effectivement, parmi les Français engagés aux côtés de l’Allemagne sur le front de l’Est principalement, certains d’entre eux rédigeront et publieront à leur retour récits, mémoires et souvenirs. Les plus connus se nomment Bassompière, La Mazière, St Loup ou encore Degrelle…
C’est à ce corpus, longtemps négligé pour lui-même, que s’est intéressé Philippe Carrard qui interroge donc plus la mémoire de la collaboration militaire que son histoire à proprement parler. Pour autant, ces pages intéresseront l’historien car elles offrent une critique stimulante de témoignages souvent pris « pour argent comptant » et rarement mis en perspective, y compris par d’éminents spécialistes de la seconde guerre mondiale. S’il relève certaines erreurs ou approximations propres au genre, Philippe Carrard révèle surtout certaines stratégies rhétoriques, certains codes ou une commune euphémisation – notamment concernant les massacres à l’Est – propres à ces mémorialistes.
Ces « réprouvés » sont, il est vrai, des vaincus de l’Histoire. De fait, malgré la distance chronologique qui sépare les premières publications d’après-guerre de celles parues au début du XXIe siècle, malgré l’hétérogénéité certaine de la qualité des œuvres constituant ce corpus, l’auteur relève des traits communs saillants à cette « littérature ». Le livre de Philippe Carrard invite donc tout à chacun à prendre acte des reconstructions à l’œuvre et à conserver le recul critique nécessaire face à des textes dont la neutralité a pourtant toujours été à juste titre sujette à caution.
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