Ce fort volume publié aux éditions Anovi constitue les actes d’un colloque international qui s’est tenu en 2008 à Grenoble et qui avait pour titre : « Les militaires dans la Résistance en Ain-Savoie-Dauphiné ». Rassemblant une quarantaine d’interventions d’historiens professionnels ou amateurs reconnus, cet ouvrage donne à voir, par le prisme de l’histoire locale, une réalité occultée de la Résistance française ; à savoir sa dimension militaire.
Souvent éclipsé, l’engagement des militaires dans les rangs de la Résistance ne fait aucun doute. Ils ont notamment apporté à leurs compagnons civils dans la clandestinité une connaissance du métier des armes souvent précieuse ainsi que les cadres qui faisaient cruellement défaut. Au-delà du destin individuel de personnalités militaires bien connues engagées dans les rangs de la Résistance – Charles Delestraint ou encore François d’Astier de la Vigerie par exemple – nombre d’entre eux, environ 2400, ont payé de leur vie la libération du territoire national que ce soit au combat ou en déportation. L’effondrement de l’armée française en 1940, la compromission du gouvernement de Vichy et de certains de ses officiers supérieurs avec l’occupant (Darlan, Platon, etc), l’ambivalence de l’armée d’armistice, de la flotte ou encore des armées d’Afrique et du Levant ont longtemps occulté la part majeure jouée par les militaires de tous grades.
Les études ici rassemblées défrichent de nombreuses problématiques et posent d’intéressantes questions. Ce sont naturellement la formation puis le parcours de ces hommes engagés dans la Résistance qui occupent une part majeure des débats dans une logique prosopographique à l’intérêt évident. C’est ensuite le lien profond établi par ces derniers entre Revanche et Résistance qui apparaît très clairement à la lecture de ces pages ; le patriotisme et le nationalisme imprégnant le corps des officiers mais également la troupe. Ce sont enfin, les logiques de basculement qui sont explorées. Elles émergent généralement à la fin de 1942 et au début de 1943. Les dissidences s’expliquent naturellement par l’évolution de la situation nationale au regard de l’évolution du conflit mondial.
Finalement, les auteurs pointent avec justesse certains traits communs à l’ensemble de la Résistance militaire mais s’interrogent néanmoins sur les éventuelles spécificités qu’a pu revêtir la résistance militaire alpine. Ils relèvent notamment que l’historiographie récente a négligé la question de la détermination géographique : la nature de la résistance semble effectivement différente en zone montagnarde, que ce soit dans les massifs français (Massif central, Corse ...) ou à l’étranger (Yougoslavie, Grèce…). Ces actes ouvrent donc de stimulantes perspectives de recherche dans le domaine de l’histoire comparée.
Ajoutons enfin qu’un disque très complet, vendu séparément, accompagne ce beau livre. Il contient de très nombreuses annexes, dont un dictionnaire biographique comptant 205 entrées, des documents d’archives retranscrits ou reproduits en fac-similé, une présentation des insignes ou encore des témoignages de résistants.
Ouvrage disponible à la vente sur le site des éditions Anovi : www.anovi.fr.