Coiffés du fez, ayant pour emblème un cimeterre, les soldats de la division bosniaque de Waffen-SS Handschar symbolisent à eux seuls à la fois la complexité ethnique des Balkans et les incohérences d’une logique totalitaire antisémite nazie poussée à ses extrémités. Inspiré des travaux de l’historien américain George Lepre, les seuls sur ce sujet particulier, le livre d’Amandine Rochas fait le point sur la genèse et le parcours de cette unité créée tout autant à des fins de propagande que pour pallier les difficultés des forces allemandes d’occupation en terme d’effectifs.
Connue principalement en France pour la mutinerie d’une partie de ses effectifs installés à Villefranche-de-Rouergue (étudiée par Grmek Mirko D. et Lambrichs Louise dans Les révoltés de Villefranche : mutinerie d’un bataillon de Waffen-SS à Villefranche-de-Rouergue, sept. 1943, Paris, Seuil, 1998), il n’existait à ce jour que très peu d’études en français consacrées à ce sujet. Amandine Rochas comble ainsi une lacune dans la mesure où l’histoire militaire de la division Handschar est ici souvent prétexte à une analyse plus large de la situation yougoslave des années noires de la seconde guerre mondiale.
Naviguant avec aisance dans ce véritable imbroglio, l’auteur explique avec justesse l’invasion du royaume yougoslave en 1941, la naissance de l’Etat indépendant croate dirigé par le chef oustachi Ante Pavelic (le Poglavnic), le jeu autonomiste d’une grande partie des musulmans bosniaques et les compromissions avec l’occupant d’une partie de la Résistance ; à savoir les tchetniks serbes royalistes, en lutte contre les partisans communistes de Tito.
Contrariant les ambitions croates dans la région, servant le discours anti-britannique du Grand mufti de Jérusalem Hadj Amine el-Husseini, caution morale du projet, la mise en place d’une division SS purement musulmane s’est avant tout heurtée au manque de volontaires. Le projet personnel de Himmler, imaginé à la fin de 1943, voit laborieusement le jour en février 1944. D’abord engagées contre les partisans communistes, où elles ont commis nombre d’exactions, ces troupes sont ensuite envoyées sur le front de l’Est avant de se rendre aux Anglo-américains après la capitulation du 8 mai 1945.
Richement documentée, agrémentée de nombreuses annexes particulièrement intéressantes, cette histoire d’une division souvent étudiée sous son seul aspect militaire éclaire sous un jour nouveau la réalité politique d’une région que l’européen de l’ouest a souvent bien du mal à appréhender. En outre, il donne une clef à la compréhension des récents conflits qui ont récemment agité le territoire de l’ex-Yougoslavie.
Possibilité de commander en ligne, sur le site des éditions l’Harmattan