L’actuelle « guerre contre le terrorisme » menée aussi bien en Afghanistan qu’en Irak n’en finit pas de soulever bien des controverses quant à l’étendue de la liberté d’information. La récente publication de rapports secrets et de témoignages issus de militaires américains en Irak a ainsi contribué, s’il en était encore besoin, à saper la mythologie d’une croisade pour la liberté menée au Moyen-Orient, érodant plus que jamais l’image d’une Amérique qui peine à se remettre de la décennie Bush. Mais, dira-t-on, le problème n’est pas nouveau. La Guerre du Vietnam, pour ne citer qu’elle, avait déjà généré de considérables difficultés dans le traitement des informations militaires par la presse américaine, dont la publication des fameux « Papiers du Pentagone » avait constitué la parfaite apothéose – sans parler de la Guerre du Golfe de 1991.
La thématique des relations entre l’armée et la presse, bref entre l’un des piliers de l’Etat et ceux chargés d’informer le public, constitue indéniablement une problématique fondamentale dans une démocratie moderne. A ce propos, l’Histoire peut se révéler, comme toujours, fort instructive. Jean-Louis Maurin, docteur en sciences politiques, auteur d’une thèse sur les relations armées-médias, s’est, en l’occurrence, intéressé à la manière dont l’armée française avait, pendant la Première Guerre Mondiale, conçu ses relations avec la presse, une attitude qui sera la matrice d’un siècle de liaison tourmentée entre la « Grande Muette » et les « pisse-copies ». Il est vrai qu’en 1914, l’armée a connu des relations tendues avec quelques grands quotidiens, Affaire Dreyfus et tensions sociales obligent. Or, elle sait également le pouvoir que représentent les journaux, et certains officiers vont insister sur ce nouveau vecteur de communications de masse qu’est le cinéma. De fait, l’information, en temps de guerre, doit être contrôlée, et dirigée, pour éviter les fuites, et mobiliser l’opinion contre l’envahisseur.
Le premier réflexe de nos généraux, au déclenchement de la guerre, est tout de même de faire primer la censure, dont le régime se clarifie en 1915. De même, les journalistes se voient interdire l’accès aux zones de combats jusqu’en 1916. Le conflit se prolongeant, l’armée accepte de « communiquer », mais sous certaines réserves. Des services d’information centralisés sont mis sur pied, et des « missions de presse » regroupant quelques correspondants de guerre, français et étrangers, sont invités à se rendre en quelques endroits du front, chapeautés par des officiers. Bref, avec les années, l’armée française a su prendre en compte le rôle essentiel de l’information – et de la propagande – au regard du moral des troupes, du peuple… et de l’étranger, dans la mesure où polir l’image de la France combattante s’est révélé décisif dans le soutien apporté par les Etats-Unis à la cause de l’Entente. Synthétique et très bien… informé, le livre de Jean-Louis Maurin éclaire les actuelles polémiques quant à la façon de conduire une guerre dans un pays où règne théoriquement la liberté de la presse.