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Bagnards

Marion F. Godfroy

Les quelques principes fondamentaux du Droit pénal d’un Etat de droit - droit à un procès équitable, droit à un avocat, personnalisation de la peine, adaptation de celle-ci aux faits reprochés au condamné - n’ont pas véritablement eu cours au royaume des bagnes de Guyane. N’avaient-ils pas gagné leur titre de « guillotine sèche » ? Il n’en demeure pas moins qu’hormis la légende noire, cette consécration pénitentiaire de l’exil n’est guère connue du grand public. C’est dire l’intérêt de l’ouvrage de Marion F. Godfroy, doctorante à l’Ecole des hautes études en sciences sociales de Paris et Grand Reporter au National Geographic, qui nous livre la première synthèse embrassant l’ensemble de cette réalité ubuesque.

Le bagne est une institution impériale de naissance, perpétuée par la République. Le Second Empire avait initialement cherché à expulser de France ses opposants, réputés inassimilables. Mais les structures d’« accueil » faisaient défaut. Il faudra attendre 1854 pour consacrer légalement et administrativement cette situation nouvelle. C’est cette année là qu’est d’ailleurs introduite la pratique - législative - du « doublage » : toute personne condamnée au bagne pour une durée déterminée doit également demeurer en Guyane pour une durée équivalente à l’expiration de sa peine d’emprisonnement. Preuve en est que les « transportés » ne sont plus les bienvenus en métropole.

La IIIe République maintient le système en place. Elle use d’un fondement moral progressivement élaboré dans la première moitié du XIXème siècle, à savoir que l’exil au bagne assure la rédemption par le travail, le mal qui rongeait le délinquant disparaissant au fur et à mesure qu’il peine à son labeur dans des conditions climatiques éprouvantes.

Les conditions de vie des bagnards sont, il est vrai, extrêmement pénibles. Ces condamnés aux travaux forcés forment une micro-société où la violence et la loi du plus fort constituent le règlement intérieur de fait, le tout grâce à l’incompétence, aux négligences et à la corruption des gardiens. Le Tribunal Maritime Spécial, juridiction d’exception instaurée en 1889, n’est qu’une parodie de justice où prévaut l’arbitraire. Des évasions sont tentées. Les réussites sont exceptionnelles, et les fuyards acquièrent généralement une petite célébrité en se réfugiant en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis.

Le bagne suscite de plus en plus de critiques, l’une des plus connues - l’une des plus féroces aussi - émanant d’Albert Londres. Dans l’entre-deux-guerres, le pouvoir français est de plus en plus préoccupé par cette levée internationale de boucliers, de nature à porter atteinte à l’image de la France à l’étranger. Les conditions de vie des bagnards ne priment guère dans le raisonnement qui aboutira à la suppression du système après la Libération. La liquidation des bagnes mécontentera cependant la Guyane, qui perdait ainsi une main d’œuvre très bon marché... Mais sous l’impulsion du très énergique Préfet Vignon, cette « perte » sera finalement surmontée.

L’étude de Mme Godfroy se veut une analyse synthétique d’une page fort peu glorieuse de notre Histoire. Elle est accompagnée de plusieurs annexes (documents, tableaux, analyses spécifiques, témoignages). En ce sens, ce livre constitue une très bonne introduction à ce phénomène carcéral.

Nicolas Bernard

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Titre : Bagnards
Auteur : Marion F. Godfroy
Editeur : Tallandier
Nombre de pages : 300
Publication : février 2008
Prix : 21 €
ISBN : 978 2 84734 501 8

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