L’année 2007 a résolument été celle de la réédition des travaux de Fred Kupferman. Effectivement, après la sortie du présent titre, les éditions Calmann-Lévy ont à nouveau publié "Les premiers beaux jours", du même auteur. Paru pour la première fois aux éditions Complexes en 1979, « Au pays des Soviets. Le voyage français en Union soviétique » de Fred Kupferman traite d’un genre littéraire bien particulier, original et propre à l’entre-deux-guerres : la relation de voyage des visiteurs français en URSS.
Revenant d’abord sur la perception de la Russie tsariste puis bolchevique, par les « touristes » français du temps, l’auteur relève qu’une aversion viscérale pour la Russie a succédé dans les années vingt à la slavophilie généralisée du début du XXème siècle. A partir de 1924, date de la reconnaissance officielle du régime de Moscou par la France, le voyage en URSS ne constitue plus l’aventure qu’a par exemple connue Louise Weiss en 1921. Bien au contraire l’Intourist, organisme ad hoc créé à des fins de propagande touristique, encadre la totalité des voyageurs étrangers, le plus souvent en groupe.
C’est ainsi une image très partagée, entre enthousiasme pour l’égalitarisme soviétique, et sévère dénonciation du régime stalinien, que donnent à voir les ouvrages publiés à l’occasion des retours de leurs auteurs. À l’aide de très abondantes citations, extraites de 125 récits de voyageurs, Fred Kupferman démontre que si, de manière générale, l’orientation politique des visiteurs influe naturellement sur leur perception des choses - Alfred Fabre-Luce, engagé très à droite, restera toujours très critique - cette dernière peut, à l’occasion, la transcender. Certains hommes de gauche, notamment Henri Béraud pour lequel son voyage en URSS a certainement contribué à son évolution à droite, prendront vite conscience du caractère policier et répressif du régime alors que d’autres, Georges Duhamel par exemple, non suspect de sympathie pour les communistes, « se refusera toujours à dire du mal de l’Union soviétique ».
Cet ouvrage montre également que la perception qu’ont les Français de l’URSS évolue progressivement, et par étapes, suivant de près le positionnement diplomatique de Paris vis-à-vis de Moscou. Jusqu’en 1924, on note effectivement une franche hostilité mais surtout une grande méconnaissance des événements qui se trament alors en Russie bolchevique, faute de pouvoir aisément se rendre sur place. À partir du milieu des années vingt et jusqu’aux grandes purges de 1936/37, il est certain que les auteurs français sont disposés à ménager, voire à comprendre cet allié potentiel. Il n’en reste pas moins que le « Retour d’URSS » de Gide, paru fin 1936, relativement froid à l’égard de l’URSS, marque la fin de la lune de miel des auteurs français avec le régime russe.
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