Automne 1940. L’Angleterre, contre toute attente, ne s’est pas rendue. Le régime de Vichy, gouvernement de la France vaincue, s’est, pour sa part inscrit dans une démarche de collaboration avec l’occupant allemand. La Résistance, à cette date, n’existe pas en tant qu’entité organisée, malgré la dissidence proclamée de De Gaulle, dont les premiers bilans de ralliement sont encore incertains. Dans ce contexte, l’initiative de plusieurs milliers de lycéens et d’étudiants de se rendre Place de l’Etoile pour honorer le « Soldat inconnu » en ce sombre 11 novembre va immanquablement détonner, et mettre un terme à l’ambiguïté des premiers mois de l’Occupation… C’est cet événement, cette autre étincelle de patriotisme et d’antinazisme, qui fait l’objet de ce livre de Maxime Tandonnet.
L’ouvrage s’attache tout d’abord à revenir sur les origines de ce rassemblement, et notamment sur le traumatisme de la défaite sur une jeunesse française que s’efforce pourtant de rallier à sa cause le régime du Maréchal Pétain – et l’on imagine la véritable claque que représentera ce 11 novembre pour le gouvernement français. Malgré la mise au pas des Universités et des lycées au service de la « Révolution nationale », les jeunes n’adhèrent guère à un tel système, et les instructions allemandes, délivrées à Vichy et approuvées par lui, de ne pas célébrer le 11 novembre constitue la goutte d’eau. De manière littéralement spontanée, et ce alors que plusieurs tendance politiques interviennent au sein de ce milieu, lycéens et, dans une moindre mesure, étudiants, se rendent sur les Champs-Elysées et la Place de l’Etoile, individuellement ou par petits paquets. En fin d’après-midi, les Allemands répliquent – et puissamment : quinze blessés, un millier d’interpellations, 123 arrestations, peut-être quelques morts (même si aucun jeune ne sera mortellement blessé, quoique ceux qui ont été arrêtés seront internés et martyrisés). La police française intervient également, et livre aux Allemands des manifestants.
Malgré la répression – qui dissipe ce qui restait encore de l’image de « correction » de la Wehrmacht – le coup porté à la façade de légitimité du régime de Vichy n’en est pas moins rude. L’espoir de Pétain, à savoir fédérer la jeunesse derrière lui, est remis en cause, et cette désillusion intervient alors que les premiers pas de la collaboration se révèlent décevants. A l’inverse, De Gaulle, affaibli précédemment par son échec de Dakar, sort revigoré d’une épreuve qu’il n’a même pas commanditée, dans la mesure où son nom a été scandé par bon nombre de manifestants, ce qui lui permet d’incarner davantage la France libre à l’étranger. Quant aux jeunes protagonistes de cet acte de patriotisme, et dont plusieurs témoignages étayent le récit de M. Tandonnet, le 11 novembre a constitué une première entrée en Résistance.